RACE

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RACE

UtilisĂ© pour signifier la diffĂ©rence entre les groupes humains (et plus gĂ©nĂ©ralement la diffĂ©rence des types au sein d’une espĂšce animale quelconque), le mot « race » s’attache Ă  des caractĂšres apparents, le plus souvent immĂ©diatement visibles. Les plus frappantes de ces diffĂ©rences sont chez l’homme la couleur de la peau, la forme gĂ©nĂ©rale du visage avec ses traits distinctifs, le type de chevelure [cf. ANTHROPOLOGIE PHYSIQUE]. Ces variations sensibles, sitĂŽt reconnues, sont interprĂ©tĂ©es par le systĂšme de valeurs propre Ă  chaque culture. Un tout jeune enfant blanc qui rencontre pour la premiĂšre fois un enfant noir, et s’il n’a pas encore reçu de ses parents le schĂ©ma culturel raciste, se demandera pourquoi l’autre s’est mis de la couleur et, en lui serrant la main, il regardera la sienne pour voir si cette couleur dĂ©teint. Ce comportement marque la dĂ©couverte d’une diffĂ©rence qu’il demandera Ă  l’adulte d’expliquer; ici commence le discours sur les « variĂ©tĂ©s dans l’espĂšce humaine ».

Aux diffĂ©rences physiques visibles s’ajoutent celles du vĂȘtement, de la parure, de la langue et des mƓurs. Il est loisible aussitĂŽt de les mĂȘler toutes en un amalgame significatif d’une distance entre les « gens du soi » et les autres. Plus radicalement en nous opposant, nous les « hommes », aux autres, les « non-hommes ». Ce rapport Ă  l’identitĂ©, que tous les peuples Ă©laborent et dĂ©finissent par l’interprĂ©tation systĂ©matique de la diffĂ©rence, place chaque discours culturel et historique particulier dans l’obligation de rendre compte non seulement de la distinction de l’homme et de l’animal, et des hommes entre eux, mais aussi de la relation au surnaturel; ce faisant, il est chaque fois possible de penser un ordre du monde et de la sociĂ©tĂ© sans cesse confrontĂ© au rĂ©el, mais toujours appuyĂ© sur des idĂ©ologies. Cette mise en prĂ©sence dans le monde place les hommes en face des autres hommes dans une structure d’échange qui constitue autant d’histoires pour dire la vie et la mort des sociĂ©tĂ©s humaines.

La question de la race s’inscrit plus particuliĂšrement, au niveau tant biologique qu’anthropologique, dans le devenir historique propre Ă  l’Occident cherchant Ă  dominer tous les peuples de la terre. Dans la langue française, le mot « race », dĂšs le XVIe siĂšcle, signifie la diffĂ©renciation des espĂšces, mais Ă©galement celle des classes sociales ou des grandes familles; la race est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant composĂ©e des descendants d’une mĂȘme lignĂ©e et d’un mĂȘme ancĂȘtre: ainsi chaque dynastie royale constituait-elle en elle-mĂȘme une race. On opposait couramment au XVIIe siĂšcle la noblesse de race transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration et la noblesse acquise de fraĂźche date. La race fait donc rĂ©fĂ©rence explicite Ă  la lignĂ©e gĂ©nĂ©alogique enfermĂ©e dans un contexte social, oĂč elle tient une place dĂ©terminĂ©e par rapport Ă  toutes les autres; certains mariages pouvaient faire « dĂ©gĂ©nĂ©rer la race », Ă  tel point que la race se trouvait mĂȘme ne plus pouvoir ĂȘtre estimĂ©e en termes de rang social; de lĂ  vient que l’on opposait la race aux races serviles, mĂ©chantes, infidĂšles et parjures. Aussi les avatars du concept de race dans les sciences sont-ils d’un grand enseignement, non seulement pour connaĂźtre l’histoire de la mĂ©thode scientifique, mais pour comprendre les relations entre le discours scientifique, le discours idĂ©ologique et la rĂ©alitĂ© de l’histoire.

1. Les critĂšres biologiques

Ce qui a d’abord prĂ©occupĂ© les hommes de science au regard de l’humanitĂ©, c’est de distinguer parmi les types humains des critĂšres permettant d’aboutir Ă  une classification des races; pour LinnĂ©, l’espĂšce Homo sapiens pouvait se diviser en six races diffĂ©rentes: sauvage, amĂ©ricaine, europĂ©enne, asiatique, africaine et monstrueuse. En rĂ©alitĂ©, la premiĂšre n’avait jamais pu ĂȘtre repĂ©rĂ©e, et quant Ă  la derniĂšre, il est question ici d’une description purement pathologique. Pour Buffon, au contraire, la variĂ©tĂ© des races humaines devait ĂȘtre expliquĂ©e par le fait qu’à partir de la race blanche originelle les types humains se sont trouvĂ©s diversifiĂ©s et modifiĂ©s suivant les climats. Peu Ă  peu, certains caractĂšres particuliĂšrement visibles, telles la couleur de la peau, la forme du cheveu, la forme crĂąnienne et celle du visage, notamment du nez, ont amenĂ© les hommes de science Ă  vouloir y trouver des critĂšres pertinents pour la distinction raciale. Ainsi, pour J. F. Blumenbach, il existe cinq races Ă  la surface du globe, les races caucasienne  c’est-Ă -dire europĂ©enne  mongole, Ă©thiopienne, amĂ©ricaine et malaise. La difficultĂ©, dans ces classifications, consistait surtout Ă  choisir les critĂšres [cf. ANTHROPOLOGIE PHYSIQUE]. En 1842 fut Ă©laborĂ© l’index crĂąnien qui permettait, Ă  partir de plusieurs mensurations, de dĂ©terminer divers types; mais ces diffĂ©rences n’étaient valables, en rĂ©alitĂ©, que pour des cas extrĂȘmes, et, que ce soit la dolichocĂ©phalie, la mĂ©socĂ©phalie ou la brachycĂ©phalie, ces trois catĂ©gories ne permettaient pas de dĂ©couvrir des « types purs », tels que le voulait la science de ce temps-lĂ . Ces difficultĂ©s n’ont pas empĂȘchĂ© l’anthropologie physique de compliquer les classifications; ainsi J. Deniker distingue-t-il dix-sept races humaines, d’autres aprĂšs lui plusieurs dizaines. Le dĂ©faut majeur de ces classifications est qu’elles confondent les notions purement biologiques avec les traits proprement culturels et sociologiques des diffĂ©rentes nations humaines. Plus on multiplie le nombre des races humaines, plus on les confond inĂ©vitablement avec des cultures humaines particuliĂšres. Les questions que l’on se posait Ă©taient essentiellement, d’une part, l’origine historique des races et, d’autre part, la distribution des races Ă  la surface du globe.

La gĂ©nĂ©tique moderne permit de s’apercevoir que les diffĂ©rences biologiques entre les races humaines ne pouvaient ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme absolues et surtout que la hiĂ©rarchie que l’on se plaisait Ă  Ă©tablir entre les diverses races ne pouvait avoir aucune justification scientifique: toute l’humanitĂ© possĂšde un patrimoine hĂ©rĂ©ditaire commun. À la lumiĂšre de la gĂ©nĂ©tique moderne, le concept de race est fondĂ© sur la variabilitĂ© de quelques gĂšnes parmi les dizaines de milliers que comptent les chromosomes de l’homme (cf. HOMME -GĂ©nĂ©tique humaine). Certains de ces gĂšnes commandent les propriĂ©tĂ©s sĂ©rologiques du sang [cf. HÉMOTYPOLOGIE], ce qui a permis d’individualiser certains groupes humains. Mais une classification fondĂ©e sur un aussi petit nombre de gĂšnes ne saurait avoir une portĂ©e gĂ©nĂ©rale. Que penser, en effet, d’une diffĂ©rence certes objective, mais qui trouve son origine dans la variation d’une fraction infime de l’immense fonds gĂ©nĂ©tique de l’humanitĂ©? Pour l’ethnologie moderne, le concept biologique de race n’est pas utilisable.

2. La perception des différences

La tradition hébraïque

Si la Bible fait bien descendre toute l’humanitĂ© du premier homme, Adam, elle attribue aux trois fils du patriarche NoĂ© l’origine des EuropĂ©ens (Japhet), des Asiatiques (Sem) et des Africains (Cham). « Les fils de NoĂ© qui sortirent de l’arche Ă©taient Sem, Cham et Japhet: Cham est le pĂšre de Canaan. Ces trois-lĂ  Ă©taient les fils de NoĂ© et, Ă  partir d’eux, se fit le peuplement de toute la Terre. » (Gen., x, 18-19.) Ainsi, du mĂȘme mouvement, se trouvaient affirmĂ©es l’unitĂ© du genre humain et sa division. Le texte biblique poursuit: « NoĂ©, le cultivateur, commença de planter la vigne. Ayant bu du vin, il fut enivrĂ© et se dĂ©nuda Ă  l’intĂ©rieur de sa tente. Cham, pĂšre de Canaan, vit la nuditĂ© de son pĂšre et avertit ses frĂšres au-dehors. Mais Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leurs Ă©paules et, marchant Ă  reculons, couvrirent la nuditĂ© de leur pĂšre; leurs visages Ă©taient tournĂ©s en arriĂšre et ils ne virent pas la nuditĂ© de leur pĂšre. Lorsque NoĂ© se rĂ©veilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son fils le plus jeune. Et il dit: « Maudit soit Canaan! Qu’il soit pour ses frĂšres le dernier des esclaves! » Il dit aussi: « BĂ©ni soit YahvĂ©, le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave! Que Dieu mette Japhet au large, qu’il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave! » (Gen., x, 20-27.) La Bible instaure non seulement la diffĂ©rence, mais encore la hiĂ©rarchie entre les trois ancĂȘtres qui peuplĂšrent les continents, et la malĂ©diction qui pĂšse sur les fils de Canaan les dĂ©signe Ă  la fois comme esclaves de tous les autres, et comme victimes de toutes les violences. Le Moyen Âge reconnaissait en Cham l’ancĂȘtre des serfs, en Sem celui des clercs, en Japhet celui des seigneurs. Il s’agit toujours de confondre la diffĂ©rence des apparences avec la dĂ©limitation des statuts et de la hiĂ©rarchie. Pour sa part, la tradition hĂ©braĂŻque, fondĂ©e sur la loi de MoĂŻse, tout en ne faisant pas de rĂ©fĂ©rence explicite Ă  la race, affirmait que « la barriĂšre qui devait sĂ©parer le peuple Ă©lu des nations Ă©tait destinĂ©e Ă  perpĂ©tuer sa fonction de peuple prĂȘtre » (LĂ©on Poliakov, Le Mythe aryen ). On sait que la diffĂ©rence, quand elle n’est pas acceptĂ©e, sert souvent de prĂ©texte pour Ă©tayer un jugement de valeur, pour appuyer un rapport de force, pour autoriser la violence.

Le siĂšcle des LumiĂšres

L’anthropologie du siĂšcle des LumiĂšres est particuliĂšrement significative car elle cherche Ă  rendre compte de l’existence, rĂ©cemment dĂ©couverte, des nations sauvages, pour mieux l’opposer Ă  celle du monde europĂ©en civilisĂ©. Ce qui intĂ©resse les philosophes, c’est de dĂ©couvrir le sens des nations europĂ©ennes. Ce faisant, ils confondent les apparences « raciales » et les « productions sociologiques et psychologiques des cultures humaines » (C. LĂ©vi-Strauss, Race et histoire ) et cherchent Ă  renvoyer les hommes sauvages parmi les ancĂȘtres historiques de l’homme moderne. Cet ordre historique crĂ©ait du mĂȘme coup l’ordre des valeurs.

DĂšs 1749, Buffon, dans son Histoire naturelle de l’homme, marquait trĂšs nettement la sĂ©paration entre l’homme et l’animal. Cependant, il cherchait en mĂȘme temps Ă  expliquer les causes des « variations dans l’espĂšce humaine ». Les critĂšres que reconnaissait Buffon sont la couleur de la peau, la forme et la taille, enfin ce qu’il nomme le naturel. Si les deux premiers critĂšres sont d’emblĂ©e corporels et visibles, le « naturel » renvoie Ă  l’interprĂ©tation des comportements culturels. Mais, pour expliquer les variations tout en posant l’unitĂ© du phĂ©nomĂšne humain, il faut croire qu’à partir d’un modĂšle originel les hommes se sont peu Ă  peu distinguĂ©s de lui pour « dĂ©gĂ©nĂ©rer » au fur et Ă  mesure qu’ils s’éloignaient de la zone tempĂ©rĂ©e. Car, Ă©crit Buffon, « c’est sous ce climat qu’on doit prendre le modĂšle ou l’unitĂ© Ă  laquelle il faut rapporter toutes les autres nuances de couleur et de beautĂ© ». Ce sont donc des causes accidentelles qui font varier les nations qui peuplent la Terre, creusant ainsi l’écart entre l’Europe civilisĂ©e et le monde sauvage. Celle-lĂ , par le progrĂšs qu’elle manifeste, se doit de convaincre les sauvages de rĂ©intĂ©grer la nature de l’homme. Et Buffon se fĂ©licite de ce que les sauvages « sont venus souvent d’eux-mĂȘmes demander Ă  connaĂźtre la loi qui rendait les hommes si parfaits ». Ainsi l’Europe se voit offrir, en raison de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence des sauvages, la mission de les ramener sous sa loi supĂ©rieure. Ce devait ĂȘtre l’alibi des conquĂȘtes coloniales.

Si la dĂ©marche de Voltaire est autre, ses conclusions rejoignent celles de Buffon en ce qu’il place l’Europe au sommet de la civilisation. Il voit entre les peuples de la Terre de telles diffĂ©rences qu’il croit d’une autre espĂšce les hommes sauvages. Il distingue des degrĂ©s qui vont de la « stupiditĂ© » et de l’« imbĂ©cillitĂ© » Ă  la « raison commencĂ©e », pour atteindre chez certains peuples le stade de la « raison perfectionnĂ©e » qui suppose la reconnaissance du vrai Dieu. C’est sur « ces diffĂ©rents degrĂ©s de gĂ©nie et ces caractĂšres des nations qu’on voit si rarement changer » que Voltaire proclame la supĂ©rioritĂ© des nations policĂ©es et la logique de leur domination partout dans le monde. Et s’il proteste contre les atrocitĂ©s des conquĂ©rants, c’est qu’il voudrait voir triompher la civilisation non par la violence, mais seulement par le droit et la raison.

Avec Rousseau, la diffĂ©rence manifeste entre les peuples est complĂštement dĂ©gagĂ©e des dĂ©terminations raciales et de l’histoire naturelle des espĂšces. À l’opposĂ© de tous les animaux, l’homme, de par sa supĂ©rioritĂ©, peut vivre selon un « Ă©tat de nature » puisque, tout en restant isolĂ©, il peut commander en mĂȘme temps Ă  cette nature qui l’environne. L’homme ne dĂ©pend pas des autres hommes dans l’état de pure nature, il est libre et par lĂ  se distingue de l’animal. Mais, en usant de cette libertĂ©, il invente Ă  chaque moment son histoire. Celle-ci peut manifester diverses formes selon que les hommes vivent dans l’état de nature ou qu’ils se constituent en sociĂ©tĂ©s. « Celui qui voulut que l’homme fĂ»t sociable, Ă©crit Rousseau, toucha du doigt l’axe du globe et l’inclina sur l’axe de l’univers. À ce lĂ©ger mouvement, je vois changer la face de la terre et dĂ©cider la vocation du genre humain. » L’état de nature, « qui n’a peut-ĂȘtre pas existĂ© », laisse ouverte la possibilitĂ© d’existence aux sociĂ©tĂ©s politiques fondĂ©es sur l’inĂ©galitĂ© au service des plus forts. L’homme est donc renvoyĂ© d’abord Ă  sa libertĂ© originelle et puis, de rĂ©volution en rĂ©volution, Ă  son destin politique qu’il doit maĂźtriser pour y rĂ©introduire sa libertĂ©. L’homme connaĂźt ici sa pleine dimension, qu’il soit sauvage ou bien liĂ© par le contrat social.

Cependant, les auteurs du siĂšcle des LumiĂšres n’accordent aux peuples sauvages qu’une reprĂ©sentation mythique en regard de quoi ils Ă©laborent l’idĂ©ologie de leur propre sociĂ©tĂ© et celle de ses transformations. L’homme sauvage est toujours opposĂ© Ă  l’homme civilisĂ© et, le plus souvent, rĂ©duit Ă  la qualitĂ© de « primitif ». L’histoire ainsi orientĂ©e renvoie les peuples sauvages dans l’enfance de l’humanitĂ©, et dĂ©signe l’Europe comme missionnaire de la civilisation aprĂšs l’avoir Ă©tĂ© de la religion. C’est au nom de la « supĂ©rioritĂ© » du civilisĂ© qu’il lui revient d’imposer le progrĂšs et son ordre.

L’affirmation de la supĂ©rioritĂ© aryenne

Le privilĂšge de la race blanche, et plus prĂ©cisĂ©ment de la nation aryenne, a Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ© au XIXe siĂšcle pour en faire une idĂ©e reçue avec d’autant plus de conviction qu’elle convenait aux prises de possession et aux conquĂȘtes de l’Europe partout dans le monde. Par son Essai sur l’inĂ©galitĂ© des races humaines , le comte de Gobineau allait dĂšs 1853 proposer une thĂ©orie qui satisfaisait les besoins inconscients de l’élite europĂ©enne. Lui-mĂȘme le constatait dans la prĂ©face qu’il Ă©crivit pour la seconde Ă©dition de son ouvrage en 1882: « Des Ă©crivains [...], qui possĂšdent aujourd’hui une grande rĂ©putation, en ont fait entrer incognito, sans l’avouer, les principes et mĂȘme des parties entiĂšres dans leurs Ɠuvres et, en somme, [...] on s’en servait plus souvent et plus largement qu’on n’était disposĂ© Ă  en convenir. » Gobineau ne faisait en rĂ©alitĂ© que reprendre et systĂ©matiser les idĂ©es de son siĂšcle et de la classe politique de son temps. « Une des idĂ©es maĂźtresses de cet ouvrage, Ă©crit-il, c’est la grande influence des mĂ©langes ethniques, autrement dit des mariages entre les races diverses [...] on prĂ©senta cet axiome que tant valait le mĂ©lange obtenu, tant valait la variĂ©tĂ© humaine produit de ce mĂ©lange et que les progrĂšs et les reculs des sociĂ©tĂ©s ne sont autre chose que les effets de ce rapprochement. » Sa thĂšse est d’une grande nettetĂ© puisque les civilisations n’existent qu’en fonction de la plus ou moins grande influence de la race aryenne sur le reste du peuplement. Les dix civilisations reconnues par Gobineau sont donc l’indienne, l’égyptienne, l’assyrienne, la grecque, la chinoise, l’italienne, la germanique et puis, loin derriĂšre, trois civilisations amĂ©ricaines. Il rĂ©sume sa dĂ©monstration d’une maniĂšre pĂ©remptoire: « Point de civilisation vĂ©ritable chez les nations europĂ©ennes, quand les rameaux aryens n’ont pas dominĂ©. » La vision de Gobineau promet Ă  l’humanitĂ© un sort d’autant plus misĂ©rable que le mĂ©lange des races y sera plus complet: « Le dernier terme de la mĂ©diocritĂ© dans tous les genres », puisque « l’espĂšce blanche a dĂ©sormais disparu de la face du monde » et que « la part du sang aryen, subdivisĂ©e dĂ©jĂ  tant de fois, qui existe encore dans nos contrĂ©es, et qui seule soutient l’édifice de notre sociĂ©tĂ©, s’achemine vers les termes extrĂȘmes de son absorption ». Cette vision a servi de rĂ©ponse Ă  la culpabilitĂ© des peuples europĂ©ens devant l’implacable domination qu’ils rĂ©ussissaient Ă  Ă©tendre sur toute la Terre. Les chauvinismes, les nationalismes, les impĂ©rialismes trouvaient lĂ  des prĂ©textes Ă  l’exercice de la violence. Le fascisme europĂ©en, sous ses formes nazie, mussolinienne, franquiste, devait porter Ă  son paroxysme la justification, par le moyen du concept de race, de la haine et du meurtre des races « infĂ©rieures » ou « cosmopolites ».

3. Race et pouvoir

La fortune du mot « race », chaque fois que se manifestent la violence et plus prĂ©cisĂ©ment l’extermination, pose le difficile problĂšme du rapport entre la violence perpĂ©trĂ©e par un pouvoir et la dĂ©finition de la victime en terme de groupe humain, gĂ©nĂ©alogiquement dĂ©fini, c’est-Ă -dire « racial ». Tout au long du devenir de l’humanitĂ©, la dĂ©couverte des peuples Ă©trangers, le commerce qui s’instaurait entre nations et les rapports de forces qui se manifestaient obligeaient Ă  des interprĂ©tations de caractĂšre idĂ©ologique capables de rendre compte des faits vĂ©cus.

À partir de la diversitĂ© de fait que chacun peut constater Ă  l’Ɠil nu entre les groupes humains, il existe deux attitudes fondamentales aisĂ©ment repĂ©rables qui conduisent toutes deux, quoique par des chemins opposĂ©s, Ă  lĂ©gitimer la violence d’un groupe sur l’autre. En rĂ©alitĂ© ces deux attitudes ont en commun une mĂȘme nĂ©gation de la diffĂ©rence. Elle supposent la discrimination et, par lĂ  mĂȘme, l’affirmation exclusive de soi.

Un faux Ă©volutionnisme

La premiĂšre attitude est « une tentative pour supprimer la diversitĂ© des cultures, tout en feignant de la reconnaĂźtre pleinement. Car, si l’on traite les diffĂ©rents Ă©tats oĂč se trouvent les sociĂ©tĂ©s humaines, tant anciennes que lointaines, comme des stades ou des Ă©tapes d’’un dĂ©veloppement unique qui, partant du mĂȘme point, doit les faire converger vers le mĂȘme but, on voit bien que la diversitĂ© n’est qu’apparente. L’humanitĂ© devient une et identique Ă  elle-mĂȘme; seulement, cette unitĂ© et cette identitĂ© ne peuvent se rĂ©aliser que progressivement et la variĂ©tĂ© des cultures illustre les moments d’un processus qui dissimule une rĂ©alitĂ© plus profonde ou en retarde la manifestation » (LĂ©vi-Strauss, op. cit. ). PrivilĂ©gier ce processus de nature historique c’est vouloir Ă©crire dans les faits une histoire pour soi, une histoire pour l’Europe, une histoire pour le Blanc. La rĂ©fĂ©rence historique est contraignante pour les autres, exaltante pour soi puisqu’on est toujours Ă  l’aboutissement du devenir historique comme Ă  la pointe significative du prĂ©sent. Seul est reconnu « actuel », c’est-Ă -dire pertinent, le prĂ©sent de sa propre sociĂ©tĂ©, et seul est valorisĂ©, dans le futur, son propre projet. C’est ce faux Ă©volutionnisme qui a permis de rĂ©duire la diversitĂ© des cultures en la rendant moins inquiĂ©tante et de sauvegarder une prĂ©cieuse et rassurante image de soi. Il est clair que le pouvoir trouve ici raison de nier la diffĂ©rence et de vouloir rĂ©duire la diversitĂ© en forçant l’autre Ă  l’identitĂ©. C’est ne rĂ©habiliter l’autre qu’en en faisant un autre soi-mĂȘme; et pour cela la force est dans « le » sens de l’histoire. Toutes les techniques d’« assimilation », d’intĂ©gration, de mĂȘme que toutes les contraintes allant jusqu’à l’extermination physique ou culturelle sont lĂ©gitimĂ©es.

La « pureté » de la race

La seconde attitude n’admet la diffĂ©rence des cultures que pour mieux la valoriser en termes de rapport de forces. On postule une hiĂ©rarchie des groupes humains selon des critĂšres qui sont favorables aux « gens du soi ». La valeur ne peut ĂȘtre prĂ©servĂ©e que par le maintien d’une distance infranchissable entre soi et les autres. Maintenir la « puretĂ© » de la race contre les mĂ©langes qui la font dĂ©gĂ©nĂ©rer devient la prĂ©occupation obsĂ©dante et la tĂąche essentielle du pouvoir. À partir d’une diffĂ©rence, on institue une discrimination qui devient la charte du pouvoir, de l’ordre et de la sĂ©curitĂ©. Peu importe la maniĂšre dont est reconnue la supĂ©rioritĂ© congĂ©nitale d’une fraction de l’espĂšce humaine, elle est un dogme. Cette discrimination fondamentale a pour consĂ©quence logique de dĂ©signer l’autre pour victime. Ce faisant, l’exercice de la violence et du meurtre est une tentative d’identification Ă  l’autre par le sacrifice mĂȘme qu’on lui inflige. Le refus d’acceptation de la diffĂ©rence ne supporte que l’identification forcĂ©e, par le moyen du meurtre. L’affirmation de soi passe ici par la nĂ©gation de l’autre, et ce meurtre est une protestation d’identitĂ© avec la victime. Rien n’est plus frappant que de constater combien ce dĂ©sir d’incorporer la victime suppose qu’on en ait fait d’abord son double pour mieux la nier et mieux la dĂ©truire. Hitler, dans son livre Mein Kampf, ne cesse de s’en prendre aux juifs qu’il accuse « de vouloir dĂ©truire par l’abĂątardissement rĂ©sultant du mĂ©tissage cette race blanche qu’ils haĂŻssent, la faire choir du haut niveau de civilisation et d’organisation politique auquel elle s’est Ă©levĂ©e et devenir ses maĂźtres ». Pour Hitler, la supĂ©rioritĂ© de la race aryenne des seigneurs et son combat pour dĂ©fendre la puretĂ© de cette race trouvent leur pendant dans la description qu’il fait du peuple juif. Il Ă©crit: « [Le juif] empoisonne le sang des autres, mais prĂ©serve le sien de toute altĂ©ration [...]. Par tous les moyens il cherche Ă  ruiner les bases sur lesquelles repose la race du peuple qu’il veut subjuguer. » Hitler dĂ©signe la victime en la transformant en un modĂšle qu’il voudrait voir suivre par les siens: prĂ©server Ă  tout prix son sang de toute altĂ©ration! Faute de pouvoir accepter la diffĂ©rence, la volontĂ© d’identitĂ© transforme l’autre en victime d’un sacrifice qui, Ă  l’échelle parfois de tout un peuple, prend la forme de l’extermination. Ainsi, la discrimination, qui correspond au refus d’accorder existence Ă  l’autre, est une affirmation exclusive de soi. Cette attitude d’identification forcĂ©e de l’autre Ă  soi entraĂźne le massacre de l’autre au nom de quelque chose de supĂ©rieur. Le peuple victime n’est autre que soi-mĂȘme offert en sacrifice en l’honneur d’une puissance supĂ©rieure qu’il importe de vĂ©nĂ©rer. Tous les gĂ©nocides que l’histoire a portĂ©s ont suivi cette rĂ©duction de l’autre Ă  soi-mĂȘme. La terrible violence exterminatrice supprime les victimes, allĂšge le poids de la culpabilitĂ© et purifie. Il ne faut pas s’étonner que le mot « race », qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  un lien gĂ©nĂ©alogique avec l’ancĂȘtre, ait toujours servi de support au discours qui prĂ©lude Ă  l’extermination des peuples. Car son contenu biologique et la rĂ©fĂ©rence constante Ă  l’engendrement viennent dĂ©signer l’instance supĂ©rieure au nom de quoi le sacrifice est perpĂ©trĂ©.

Violence ou rencontre des cultures

Ainsi les deux attitudes du faux Ă©volutionnisme, d’une part, et du combat pour la prĂ©servation d’une puretĂ© raciale, d’autre part, conduisent-elles au mĂȘme refus de la diffĂ©rence, Ă  une mĂȘme volontĂ© d’identification de l’autre, ramenĂ© au mĂȘme. La violence en sera la consĂ©quence certaine, qu’elle prenne la forme du gĂ©nocide ou celle plus subtile de l’ethnocide. Le faux Ă©volutionnisme aurait plutĂŽt tendance Ă  recourir Ă  la rĂ©duction de l’autre par la nĂ©gation de sa culture et de ses formes de relation avec le monde, tandis que le gĂ©nocide serait plus souvent la consĂ©quence d’une volontĂ© de sauvegarde de la puretĂ© originelle et gĂ©nĂ©alogique.

À l’opposĂ©, l’acceptation de l’autre, sans besoin d’appuyer un jugement de valeur sur la diffĂ©rence constatĂ©e, permet de s’engager dans une collaboration des cultures entre elles, chacune ayant la libertĂ© de dĂ©terminer le contenu de l’échange. En ce sens, il est impossible et ridicule de chercher Ă  Ă©tablir une « supĂ©rioritĂ© » entre telle ou telle culture. C’est par la frĂ©quence des Ă©changes et des relations que les sociĂ©tĂ©s qui ont eu la chance de vivre ensemble parviennent Ă  majorer leur entente et Ă  surmonter la tension rĂ©sultant des nouveaux rapports de forces. Comme l’écrit LĂ©vi-Strauss, « l’unique tare qui puisse affliger un groupe humain et l’empĂȘcher de rĂ©aliser pleinement sa nature, c’est d’ĂȘtre seul ». La coalition des cultures est une donnĂ©e essentielle du progrĂšs, mais elle entraĂźne l’unification. Celle-ci conduit Ă  une civilisation mondiale dont le contenu serait trĂšs pauvre s’il n’était que la rĂ©duction des diffĂ©rences. Au contraire, l’acceptation de la diffĂ©rence chaque fois qu’elle apparaĂźt doit permettre de maintenir la diversitĂ©. Cette contradiction fixe les limites du destin de l’humanitĂ©.

race [ ras ] n. f.
‱ v. 1500; it. razza « sorte, espĂšce », lat. ratio
I ♩
1 ♩ Famille, considĂ©rĂ©e dans la suite des gĂ©nĂ©rations et la continuitĂ© de ses caractĂšres (ne se dit que de grandes familles, familles rĂ©gnantes, etc.).⇒ famille, sang. Être de race noble. ⇒ ascendance, origine. — Loc. adj. Fin de race : dĂ©cadent. Un homme trĂšs distinguĂ©, un peu fin de race.
♱ Vx Descendance, postĂ©ritĂ©. « Race d'Abel, dors, bois et mange » (Baudelaire). — GĂ©nĂ©ration. « Que direz-vous, races futures » (Malherbe).
2 ♩ Vieilli CommunautĂ© plus vaste considĂ©rĂ©e comme une famille, une lignĂ©e. « Ces blocs Ă©normes rĂ©veillent l'idĂ©e d'une race de gĂ©ants disparus » (Gautier). — LittĂ©r. La race humaine : l'humanitĂ©. « Le peuple juif est un abrĂ©gĂ© de la race humaine » (Chateaubriand).
3 ♩ Fig. CatĂ©gorie de personnes apparentĂ©es par des comportements communs. ⇒ espĂšce. Il est de la race des hĂ©ros. « J'aurais horreur de redevenir civil [...] D'ailleurs c'est une race qui s'Ă©teint » (Sartre). Fam. Quelle sale race ! ⇒ engeance.
II ♩ Subdivision de l'espĂšce zoologique, elle-mĂȘme divisĂ©e en sous-races ou variĂ©tĂ©s, constituĂ©e par des individus rĂ©unissant des caractĂšres communs hĂ©rĂ©ditaires. Les diverses races canines. Croisement entre races. Animal de race pure, pure race (⇒ pedigree; herd-book, stud-book) .
♱ Absolt Race pure. Ces « lignes heureuses et dĂ©liĂ©es qui indiquent la race » (Balzac). Avoir de la race : ĂȘtre racĂ©. — Loc. adj. De race : de race pure (opposĂ© Ă  bĂątard, croisĂ©). « Deux grands chiens courants de race, vĂ©ritables fox-hound » (Balzac).
III ♩ (Groupes humains)
1 ♩ (1684 ) Subdivision de l'espĂšce humaine d'aprĂšs des caractĂšres physiques hĂ©rĂ©ditaires. En dĂ©pit des recherches sur l'indice cĂ©phalique, les groupes sanguins et la gĂ©nĂ©tique, rien ne permet de dĂ©finir la notion de race, sinon des caractĂšres visibles globaux, relatifs et partiels. La race blanche, la race jaune. Croisement entre races. ⇒ interracial; mĂ©tissage.
2 ♩ Par ext. (XIXe) Dans la thĂ©orie du racisme, Groupe naturel d'humains qui ont des caractĂšres semblables (physiques, psychiques, culturels, etc.) provenant d'un passĂ© commun, souvent classĂ© dans une hiĂ©rarchie. ⇒ ethnie, peuple. La race prĂ©tendue supĂ©rieure. La race « aryenne ». La race « juive » des nazis. « Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines », ouvrage de Gobineau (1855). « Ces questions de suprĂ©matie de races sont niaises et dĂ©goĂ»tantes » (R. Rolland). Extermination d'une race (en fait, d'un groupe humain abusivement qualifiĂ© de race). ⇒ gĂ©nocide, racisme.
⊗ HOM. poss. 2. Ras.

● race nom fĂ©minin (italien razza, du bas latin ratio, espĂšce) CatĂ©gorie de classement biologique et de hiĂ©rarchisation des divers groupes humains, scientifiquement aberrante, dont l'emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. Subdivision de l'espĂšce humaine en Jaunes, Noirs et Blancs selon le critĂšre apparent de la couleur de la peau. Population animale rĂ©sultant, soit par isolement gĂ©ographique, soit par sĂ©lection, de la subdivision d'une mĂȘme espĂšce, et possĂ©dant un certain nombre de caractĂšres communs transmissibles d'une gĂ©nĂ©ration Ă  la suivante. LittĂ©raire. LignĂ©e familiale considĂ©rĂ©e dans sa continuitĂ© ; ensemble des ascendants ou des descendants d'un personnage ou d'un groupe humain : La race de David. Ensemble de personnes prĂ©sentant des caractĂšres communs (profession, comportement, etc.), et que l'on rĂ©unit dans une mĂȘme catĂ©gorie : La race des gens honnĂȘtes. ● race (citations) nom fĂ©minin (italien razza, du bas latin ratio, espĂšce) Joseph Arthur, comte de Gobineau Ville-d'Avray 1816-Turin 1882 L'espĂšce blanche, considĂ©rĂ©e abstractivement, a dĂ©sormais disparu de la face du monde. Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines Jules Michelet Paris 1798-HyĂšres 1874 La France a fait la France, et l'Ă©lĂ©ment fatal de race m'y semble secondaire. Elle est fille de sa libertĂ©. Histoire de France, PrĂ©face de 1869 GĂ©rard Labrunie, dit GĂ©rard de Nerval Paris 1808-Paris 1855 Notre passĂ© et notre avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race, et notre race vit en nous. AurĂ©lia Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 La nature [
] continue les races et ne prĂ©voit pas les individus [
]. Chroniques, Vacances de PĂąques Dante Alighieri Florence 1265-Ravenne 1321 ConsidĂ©rez la race dont vous ĂȘtes, crĂ©Ă©s non pas pour vivre comme brutes, mais pour suivre vertu et connaissance. Considerate la vostra semenza : fatti non foste a viver come bruti, ma per seguir virtute e conoscenza. la Divine ComĂ©die Georg Christoph Lichtenberg Ober-Ramstadt 1742-Göttingen 1799 L'instinct de perpĂ©tuer la race a aussi perpĂ©tuĂ© une foule d'autres choses. Der Trieb, unser Geschlecht fortzupflanzen, hat noch eine Menge anderes Zeug fortgepflanzt. Aphorismes ● race (expressions) nom fĂ©minin (italien razza, du bas latin ratio, espĂšce) Avoir de la race, avoir une distinction et une Ă©lĂ©gance naturelles. De race, se dit d'un animal domestique non mĂ©tissĂ©. La race humaine, l'ensemble des hommes, l'humanitĂ©. ● race (homonymes) nom fĂ©minin (italien razza, du bas latin ratio, espĂšce) ras nom masculin ● race (synonymes) nom fĂ©minin (italien razza, du bas latin ratio, espĂšce) LittĂ©raire. LignĂ©e familiale considĂ©rĂ©e dans sa continuitĂ© ; ensemble des ascendants ou...
Synonymes :
- lignée
- postérité
Ensemble de personnes présentant des caractÚres communs (profession, comportement, etc.)...
Synonymes :
- espĂšce
- gent (littéraire)

race
n. f.
d1./d Vx ou litt. Ensemble des membres d'une grande lignée.
|| Loc. adj. Fin de race: décadent.
d2./d Fam. (souvent pĂ©jor.) CatĂ©gorie de personnes qui ont un mĂȘme comportement. La race des pĂ©dants.
d3./d Division de l'espÚce humaine, fondée sur certains caractÚres héréditaires, physiques (couleur de la peau, forme du crùne, etc.) et physiologiques (groupes sanguins, notam.). Les races (ou grand-races) blanche, jaune, noire.
|| Par ext. Groupe naturel d'hommes qui présentent des caractÚres physiques et culturels semblables provenant de traditions et d'un passé communs. (V. encycl. ci-aprÚs.)
d4./d BIOL Subdivision de l'espÚce zoologique, constituée par des individus ayant des caractÚres héréditaires communs. Les différentes races bovines (charolaise, normande, etc.).
|| Loc. adj. De race: de race pure, non métissée. Un cheval de race.
Encycl. Le concept de race entraĂźna l'apparition du racisme. La conviction de leur supĂ©rioritĂ© biologique a dĂ©terminĂ© ou confortĂ© l'attitude des Blancs au cours de leur expansion dans le monde (massacre des populations autochtones en AmĂ©rique et en Australie, traite nĂ©griĂšre, sĂ©grĂ©gation raciale aux États-Unis). Dans l' Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines (1853), Gobineau prĂ©tendit prouver que les Aryens, anciens habitants de la Perse, constituaient l'Ă©lite de la race humaine. Cette thĂ©orie fut reprise par les nazis qui considĂ©rĂšrent les Allemands, et plus largement les EuropĂ©ens, comme les descendants des Aryens et exterminĂšrent six millions de Juifs et de nombreux Tsiganes. Ce mĂȘme racisme, renforcĂ© par des motifs pseudo-religieux, inspira le rĂ©gime d' apartheid (dĂ©veloppement sĂ©parĂ©) qui permit Ă  la minoritĂ© blanche d'Afrique du Sud d'opprimer, jusqu'en 1991, la majoritĂ© noire. Aujourd'hui, les progrĂšs de la gĂ©nĂ©tique conduisent au rejet des classifications raciales de l'espĂšce humaine. Ainsi, selon le gĂ©nĂ©ticien des populations Albert Jacquard (Ă©loge de la diffĂ©rence, 1978, et Cinq milliards d'hommes dans un vaisseau, 1987), la notion de race n'a aucun fondement biologique: "Les individus de l'espĂšce humaine sont fort diffĂ©rents les uns des autres..., mais il est impossible de tracer des frontiĂšres permettant de regrouper ces populations en races distinctes".

⇒RACE, subst. fĂ©m.
I. A. — 1. Vieilli, littĂ©r. [En parlant le plus souvent d'une grande famille] Ensemble des personnes appartenant Ă  une mĂȘme lignĂ©e, Ă  une mĂȘme famille. Synon. ascendance, descendance. La race des Atrides, vieille race. Que Bonaparte et sa race doivent tomber, c'est ce qui me paraĂźt infaillible; mais quelle sera l'Ă©poque de cette chute (J. DE MAISTRE, Corresp., 1808, p. 104). Aujourd'hui cette race, Ă©gale aux Rohan sans avoir daignĂ© se faire princiĂšre (...) cette famille, pure de tout alliage, possĂšde (...) sa maison de GuĂ©rande et son petit castel du Guaisnic (BALZAC, BĂ©atrix, 1839, p. 10):
‱ 1. La premiĂšre pensĂ©e du biographe, qui veut avancer dans la connaissance d'un homme, est de chercher d'abord du cĂŽtĂ© de ses ascendants. L'individu le plus singulier n'est que le moment d'une race. Il faudrait pouvoir remonter le cours de ce fleuve (...) pour capter le secret de toutes les contradictions, de tous les remous d'un seul ĂȘtre.
MAURIAC, Vie Racine, 1928, p. 8.
— En partic. Chacune des diffĂ©rentes lignĂ©es des rois de France. Le pouvoir (...) Ă©lectif dans les deux premiĂšres races des rois de France, ne devint fixe et hĂ©rĂ©ditaire que sous la troisiĂšme (BONALD, Essai analyt., 1800, p. 174). Commença, en la personne de Hugues Capet, la troisiĂšme race de nos rois (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p. 93).
— P. ext. Race humaine. EspĂšce humaine, l'humanitĂ©. C'est surtout dans la race humaine que l'infini de la variĂ©tĂ© se manifeste d'une maniĂšre effrayante (BAUDEL., Salon, 1846, p. 148). Tout enfant de la race humaine (JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. 199).
— P. mĂ©ton. Ensemble des descendants d'une mĂȘme personne. Synon. descendance, lignĂ©e, postĂ©ritĂ©. J'allais souvent voir l'aĂźnĂ© de ma race dans l'institution oĂč je l'avais placĂ© (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 414). Une race naĂźtrait de moi! Comment le croire? Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants? (HUGO, LĂ©gende, t. 1, 1859, p. 85). Abraham put voir (...) la race nĂ©e de son fils Isaac se multiplier Ă  l'infini comme les Ă©toiles du ciel (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 169).
♩ Race(s) future(s). GĂ©nĂ©ration(s) future(s). La pierre de ma tombe Ă  la race future Dira qu'un seul hymen dĂ©lia ma ceinture (CHÉNIER, Bucoliques, 1794, p. 278). Je n'ai pas dĂ©diĂ© « Mes enfances » Ă  la postĂ©ritĂ©, ni supposĂ© un moment que la race future pĂ»t s'intĂ©resser Ă  ces bagatelles (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 560).
2. Origine noble; p. méton., élégance, distinction naturelle.
a) De race. M. de Talleyrand avait eu beau se mĂȘler Ă  la RĂ©volution, il Ă©tait restĂ©, lui, un homme de race, gardant au fond beaucoup des idĂ©es ou des instincts aristocratiques (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 12, 1869, p. 118). Vous ĂȘtes de trĂšs vieille race; pourquoi diable avez-vous laissĂ© tomber la particule, Jacquemin? (BAZIN, BlĂ©, 1907, p. 132). M. de Charlus, se rappelant qu'il Ă©tait de race plus pure que la maison de France (PROUST, Sodome, 1922, p. 1067).
♩ Noble, noblesse de race. Noble, noblesse par l'ascendance. Il n'y a pas en France une seule famille noble, mais je dis noble de race et d'antique origine, qui ne doive sa fortune aux femmes (COURIER, Pamphlets pol., ProcĂšs, 1821, p. 120). Je le vois encore (...) sĂ©rieux, grave, un peu triste, car il Ă©tait presque seul de son espĂšce. Cette petite noblesse de race avait disparu en grande partie (RENAN, Souv. enf., 1883, p. 27).
♩ Fin de race.
Empl. subst. V. fin1 A 2.
Empl. adj., au fig. DĂ©cadent. Lado. 42 piges. Austro-Hongrois (...) un peu fin de race. Toujours bronzĂ© (...), pompes Weston, socquettes blanches, pull cachemire et yeux en amandes (Ph. ADLER, C'est peut-ĂȘtre ça l'amour, Paris, J'ai lu, 1987 [1986], p. 17).
b) P. méton. Comportement attendu d'un(e) aristocrate; en partic., élégance, distinction, assurance naturelle dans l'affirmation d'une personnalité marquée. Avoir de la race; homme, femme de race. Je la trouve jolie, fine, et infiniment distinguée (...) elle a surtout de la race (GYP, Pas jalouse, 1893, p. 96). Ce que j'admire toujours en lui [Guitry], c'est sa race; sa qualité fine d'homme supérieur (RENARD, Journal, 1919, p. 1054):
‱ 2. Il avait ce don que je prise fort chez les gens de race, de parler sur le mĂȘme ton, des mĂȘmes choses, et avec le mĂȘme sentiment, au dernier des roturiers et au plus titrĂ© des aristocrates.
JAMMES, MĂ©m., 1922, p. 135.
— [En parlant d'un crĂ©ateur ou d'une expr. artist.] De grande qualitĂ©. Le style est si beau, quand il s'Ă©lĂšve, un style de race, comme en ont seuls les nobles, qui se mĂȘlent d'Ă©crire (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1905, p. 152). Ces Ă©crivains de race, qui ont toujours eu le goĂ»t si sĂ»r (...) n'hĂ©sitent pas, quand ils parlent de politique, Ă  employer ce vocabulaire Ă  formules creuses des politiciens (MARTIN DU G., Souv. autobiogr., 1944-45, p. CXXVIII).
B. — P. anal. Race de + subst.
1. Ensemble de personnes ayant entre elles des caractĂšres communs importants. Synon. espĂšce. Être d'une autre race que qqn. De lĂ  est nĂ©e la race meurtriĂšre et carnivore des GĂ©ants (MÉNARD, RĂȘv paĂŻen, 1876, p. 121). La race mĂ©prisante des grands seigneurs de la rĂ©volution (CAMUS, Homme rĂ©v., 1951, p. 205).
2. CatĂ©gorie de personnes ayant en commun certaines particularitĂ©s sur lesquelles on attire l'attention. Race des seigneurs. Ceux-lĂ , c'est la race des obstinĂ©s rĂȘveurs pour qui l'art est demeurĂ© une foi et non un mĂ©tier (MURGER, ScĂšnes vie boh., 1851, p. 6). Cette nostalgie morne qui asservit un grand nombre d'entre nous Ă  leur passĂ© le plus trouble et qui crĂ©e une horrible race de vieux adolescents inconsolables (MAURIAC, Vie Racine, 1928, p. 241). S'il y a une race suspecte, c'est celle des taverniers et des hĂŽteliers (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 76).
— Sale race. [Peut fonctionner comme injure] Sale engeance. La sale race de l'ouvrier parisien, qui ne veut rien entendre, rien comprendre! (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Riviùre], 1906, p. 263).
— P. anal., rare. CatĂ©gorie de choses ayant certaines particularitĂ©s en commun. La nouvelle race des rĂ©cepteurs couleur Modulaires 51 cm (...) vous permet de profiter de la cou-leur pour un moindre coĂ»t d'achat (Le Point, 11 oct. 1976, p. 160).
— [P. allus. Ă  l'expr. empl. dans l'Écriture pour dĂ©signer les Pharisiens] Race de vipĂšres. Mauvaises gens. « Qui de vous (...) Du maĂźtre ou de l'esclave est le plus odieux? Oh! fuyons, mon amour! ces races de vipĂšres! Emportons nos enfants aux forĂȘts de nos pĂšres! (...) » (LAMART., Chute, 1838, p. 1063).
II. — BIOL. Subdivision de l'espĂšce fondĂ©e sur des caractĂšres physiques hĂ©rĂ©ditaires, reprĂ©sentĂ©e par une population. Races actuelles, fossiles; amĂ©lioration, croisement, sĂ©lection de races. Il y a tant de races d'animaux et de vĂ©gĂ©taux qui nous sont encore inconnues (LAMARCK, Philos. zool., t. 1, 1809, p. 31):
‱ 3. La race, c'est l'animalitĂ©. L'homme a fait des races animales, par un choix, par un massacre, par un parfait mĂ©pris des prĂ©fĂ©rences (...). Nul homme n'a de race que l'adoration mĂȘme de sa race, c'est-Ă -dire de son propre animal. Quand on dit que la race parle, on veut dire que l'infĂ©rieur parle, et que la force est considĂ©rĂ©e comme premiĂšre valeur.
ALAIN, Propos, 1933, p. 1152.
A. — ANTHROPOLOGIE
1. Groupement naturel d'ĂȘtres humains, actuels ou fossiles, qui prĂ©sentent un ensemble de caractĂšres physiques communs hĂ©rĂ©ditaires, indĂ©pendamment de leurs langues et nationalitĂ©s. Race blanche, jaune, noire; race pure, mĂ©tissĂ©e; races primitives, vivantes; croisement entre races; caractĂšres, classification, concept, dĂ©finition, diffĂ©renciation, histoire, mĂ©lange, notion de(s) race(s). Les individus de la race caucasique (CUVIER, Anat. comp., t. 3, 1805, p. 17). On possĂšde de trĂšs nombreux crĂąnes et squelettes humains de l'Ă©poque de la pierre polie (...). Suivant les pays, nous voyons des races Ă  tĂȘte ronde, des races Ă  tĂȘte allongĂ©e, des races de grande stature, des races de petite taille, etc. (BOULE, Conf. gĂ©ol., 1907, p. 211):
‱ 4. En Europe, la doctrine de l'inĂ©galitĂ© des races prit un regain d'actualitĂ© au XIXe siĂšcle avec le livre du Comte Joseph de Gobineau, Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines (1853-54). ProcĂ©dant par affirmations, sans souci d'apporter aucune preuve, Gobineau soutint la supĂ©rioritĂ© de la race blanche et, Ă  l'intĂ©rieur de celle-ci, d'une famille privilĂ©giĂ©e, les arians (nous disons maintenant aryens), possĂ©dant originellement le monopole de la beautĂ©, de l'intelligence et de la force.
Hist. sc., 1957, p. 1404.
♩ PRÉHIST. Race de Chancelade, de Cro-Magnon, de Grimaldi, de NĂ©andertal. Homme de Chancelade, Cro-Magnon, Grimaldi, NĂ©andertal. La race de Chancelade est une race Ă  part, diffĂ©rente de la race de Cro-Magnon (S. BLANC, Init. prĂ©hist., 1932, p. 19).
♩ Race primaire ou grand-race. Un des quatre grands groupes qui forment l'humanitĂ© actuelle: grand-race leucoderme ou race (primaire) blanche; grand-race mĂ©lanoderme ou race (primaire) noire; grand-race xanthoderme ou race (primaire) jaune; grand-race australoĂŻde ou race (primaire) primitive. V. infra ex. de Ethnol. gĂ©n.
♩ Race secondaire ou race de second-ordre. Division Ă  l'intĂ©rieur de chacune des races primaires, constituĂ©e par des groupes ayant des caractĂšres physiques hĂ©rĂ©ditaires spĂ©cifiques non communs Ă  l'ensemble de la grand-race. Toutes les races n'ont pas la mĂȘme valeur. Les anthropologistes sont d'accord pour Ă©tablir entre elles une hiĂ©rarchie et distinguer au moins deux catĂ©gories: les races primaires ou grand-races et les races secondaires ou races de deuxiĂšme ordre (Ethnol. gĂ©n., 1968, p. 679 [Encyclop. de la PlĂ©iade]).
2. Ensemble de personnes qui prĂ©sentent des caractĂšres communs dus Ă  l'histoire, Ă  une communautĂ©, actuelle ou passĂ©e, de langue, de civilisation sans rĂ©fĂ©rence biologique dĂ»ment fondĂ©e. Synon. ethnie, peuple. Race aryenne, celtique, Ă©lue, ennemie, Ă©trangĂšre, française, germanique. À cette Ă©poque les conquĂ©rans de l'empire Ă©taient presque tous de la mĂȘme race, tous germains, sauf quelques tribus slaves (GUIZOT, Hist. civilis., leçon 2, 1828, p. 32). L'Allemagne allait, d'ailleurs, dĂ©velopper tout un systĂšme raciste. Elle Ă©tablirait une hiĂ©rarchie des races dans laquelle, Ă  la suite de quelques races de seigneurs, il y aurait des collectivitĂ©s satellites (MARIN, Ét. ethn., 1954, p. 30):
‱ 5. La race juive est tellement avilie qu'il est impossible de se reprĂ©senter un noble juif. Comment se figurer Abraham, autrement que sous les traits d'un chrĂ©tien?
BLOY, Journal, 1894, p. 137.
— P. ext. Population autochtone d'une rĂ©gion, d'une ville. Avec la tĂ©nacitĂ© caractĂ©ristique de nos vieilles races de montagnes, une population s'implanta jusque dans les intimes replis du massif (VIDAL DE LA BL., Tabl. gĂ©ogr. Fr., 1908, p. 194).
B. — ZOOLOGIE
1. Division de l'espĂšce, reprĂ©sentĂ©e par une population, Ă  caractĂšres constants, spĂ©cifiques, originaux et hĂ©rĂ©ditaires. Race bovine, canine, chevaline, porcine; amĂ©lioration des races. Que de races trĂšs-diffĂ©rentes parmi nos poules et nos pigeons domestiques (LAMARCK, Philos. zool., t. 1, 1809, p. 227). Mes recherches sur le gigantisme chez les pĂ©diculĂ©s. Je cherche Ă  obtenir une race de poux gĂ©ants (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 97). La diversitĂ© des races: cela se traduit sans doute par des signes extĂ©rieurs (...) mais surtout par des aptitudes productives nettement dĂ©finies: races laitiĂšres et races de boucherie pour les bovins (...) races de trait et races de course pour les chevaux (WOLKOWITSCH, Élev., 1966, p. 76).
♩ De (pure) race, de race pure. Dont les ascendants sont de mĂȘme race. Chien de race. Des chevaux de race pure, aux formes Ă©lĂ©gantes et nobles, aux jambes fines (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 222). On achetait des pigeons de race (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 35).
♩ Bon chien chasse de race. V. chien1 II B 4 b.
2. P. ext. Synon. de espÚce. Mon discours sur l'amélioration de la race chevaline (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p. 245). Dans la race canine si vantée, la femelle seule a l'amour de la progéniture (SAND, Hist. vie, t. 1, 1855, p. 17).
C. — BOT. Ensemble de plantes qui, appartenant Ă  une mĂȘme espĂšce possĂšdent un caractĂšre particulier hĂ©rĂ©ditaire. Synon. variĂ©tĂ©. En changeant de localitĂ©, des races de plantes s'Ă©teignent (CHATEAUBR., MĂ©m., t. 1, 1848, p. 270). Certaines races d'arbres ou de plantes (...) ne peuvent donner des fruits quand leurs fleurs sont fĂ©condĂ©es avec leur propre pollen (CUÉNOT, J. ROSTAND, Introd. gĂ©nĂ©t., 1936, p. 79).
REM. 1. Raceur, -euse, subst. Animal prĂ©sentant des caractĂšres raciaux marquĂ©s et sĂ©lectionnĂ© pour la reproduction. Le prix de revient d'un bon « raceur » de lait (WOLKOWITSCH, Élev., 1966, p. 83). 2. Racique, adj. Synon. rare de racial. La grĂące du Christ (...) peut maintenir et sauver tout ce qu'il y a de trĂ©sors spirituels dans la culture chinoise, sans lĂ©ser son individualitĂ© nationale et racique (MARITAIN, PrimautĂ© spirit., 1927, p. 247). 3. Sous-race, subst. fĂ©m., anthropol. physique. VariĂ©tĂ© identifiable Ă  l'intĂ©rieur d'une communautĂ©. Une analyse dĂ©taillĂ©e permet souvent de sĂ©parer des groupes de troisiĂšme ordre qui sont les types locaux dits encore sous-races s'ils occupent un territoire suffisamment Ă©tendu (Ethnol. gĂ©n., 1968 [Encyclop. de la PlĂ©iade]).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1480 rasse « ensemble des ascendants et des descendants d'une mĂȘme famille, d'un mĂȘme peuple » (Myst. Viel Test., Ă©d. J. de Rothschild, t. 1, p. 162, 4270); id. race (ibid., t. 4, p. 311, 34208: Destruyt sera, luy et sa race); 2. 1549 « rejeton, postĂ©rité » (J. DU BELLAY, Vers liriques, IX, A Boviv, 70 ds ƒuvres, Ă©d. H. Chamard, t. 3, p. 123: Ou me guidez vous, Pucelles [les Muses], Race du Pere des Dieux?); 3. 1552 « durĂ©e d'une gĂ©nĂ©ration » (ID., ƒuvres de l'in-vention de l'auteur, VII, 147, ibid., t. 4, p. 163); 4. 1558 « origine, extrac-tion » (ID., Les Regrets, LXIV, 11, Ă©d. E. Droz, p. 76: Et combien voyons nous aujourd'huy de bastards [...] Exceller ceulx qui sont de race legitime?); 1559 (J. GRÉVIN, La TrĂ©soriĂšre, II, 4, Ă©d. L. Pinvert, p. 80: Autant peut le lay que le prestre, [...] Le pauvre, comme un de grand'race); 1579 abs. « origine noble » (P. LARIVEY, La Vefve, I, 2, Ă©d. Viollet le Duc, Anc. thĂ©Ăątre fr., t. 5, p. 112: Que me servent les biens, la jeunesse, la race et les amis, sans EmĂ©e?); 5. 1564 « catĂ©gorie, classe de gens de mĂȘme profession, de mĂȘme caractĂšre, etc. » (Indice de la Bible, f ° 282); 6. 1636 dĂ©signe une lignĂ©e de rois de France (MONET: Race de Pepin). B. 1. Ca 1500 « subdivision d'une espĂšce, Ă  caractĂšres hĂ©rĂ©ditaires, reprĂ©sentĂ©e par un certain nombre d'individus » (PHILIPPE DE COMMYNES, MĂ©m., Ă©d. J. Calmette, t. 3, p. 80: races des chevaulx); 2. 1684 « population humaine qui se distingue d'autres populations par la frĂ©quence relative de certains traits hĂ©rĂ©ditaires »; ([Fr. BERNIER], Nouvelle Division de la terre, par les diffĂ©rentes EspĂšces ou Races d'hommes qui l'habitent, in Journal des Sçavans, 24 avr., pp. 85-89); 1733 (AbbĂ© J.-B. DUBOS, RĂ©flexions crit. sur la poĂ©s. et la peint., t. 2, p. 311: race de PigmĂ©es; 1749 (BUFFON, Hist. nat., t. 3, p. 379: la race Lappone et la race Tartare)). Empr. Ă  l'ital. razza, att. dep. ca 1300 sous la forme razzo (destrier di grande razzo, poĂšme intitulĂ© Intelligenza d'apr. PRATI), puis razza « famille, espĂšce d'animaux » (dep. XIVe s., Commentaires sur Dante ds TOMM.-BELL.), d'orig. controversĂ©e. Pour FEW (t. 10, pp. 111b-112a et 115-116), qui reprend une hyp. dĂ©jĂ  proposĂ©e par CANELLO, L. SPITZER (ds Z. rom. Philol. t. 53, pp. 300-301) et PRATI, razzo (devenu razza par changement de genre) est issu du nomin. lat. ratio « calcul, compte; systĂšme, procĂ©dé » et en lat. chrĂ©t. « idĂ©e, conception (d'une chose) » (chez St Augustin et St Thomas d'Aquin), d'oĂč « modĂšle d'une chose, d'un ĂȘtre vivant; race »; cette hyp. est confirmĂ©e par le fait que l'ital. ragione, issu de l'acc. rationem, a eu le sens de « qualitĂ©, espĂšce, race » du XIIIe au XVIIe s. (v. TOMM.-BELL.). Pour G. MERK (ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 7, 1, pp. 177-188), qui reprend en la complĂ©tant une hyp. dĂ©jĂ  formulĂ©e par C. SALVIONI (ds Romania t. 31, p. 287) et REW3 n ° 3732, l'ital. razza est issu avec aphĂ©rĂšse (phĂ©nomĂšne frĂ©q. en ital.) du lat. generatio « gĂ©nĂ©ration, reproduction », naraccia « race », att. au XVIe s. dans le dial. de Belluno en VĂ©nĂ©tie, pouvant reprĂ©senter une forme intermĂ©diaire (v. SALVIONI, loc. cit.); Ă  l'appui de cette hyp., G. Merk montre que les sens de l'a. ital. et de l'a. prov. rassa correspondent beaucoup plus Ă  ceux du lat. biblique generatio « famille, descendance; engeance; espĂšce, race » qu'Ă  ceux de ratio dont le sens le plus proche n'est que « caractĂ©ristique de ce qui appartient Ă  la famille » (v. aussi E. LERCH ds Rom. Jahrb. t. 3, 1950, pp. 198-205); il cite Ă©galement l'a. fr. generace qui, issu de l'acc. generationem, a eu le sens de « famille, race » (2e moit. XIIIe s., Blancandin ds T.-L.) et de « bande de gens au service de quelqu'un » (fin XIIe s., Brut de Munich, ibid.), ce 2e sens Ă©tant Ă  rapprocher de l'a. prov. rassa « bande d'individus qui complotent » (fin XIIe s., GUIRAUT DE BORNELH) qui s'explique mal Ă  partir de l'Ă©tymon. ratio. Pour G. Merk, l'ital. razza, l'a. prov. rassa et l'a. fr. generace seraient en fait issus d'une contamination sĂ©m. et phonĂ©t. de generatio (Ă©ventuellement sous une forme avec mĂ©tathĂšse gerenatio) avec ratio, aidĂ©e par la synon. partielle de natio (nation); il s'agirait de mots pop. (mais influencĂ©s par la prononc. du lat. carol.) et la forme ne viendrait pas du nomin. lat. mais d'une substitution de -atia Ă  -ationem. Pour d'autres hyp. et leurs critiques, v. FEW t. 10, p. 115a. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:6 549. FrĂ©q. rel. littĂ©r.:XIXe s.: a) 8 337, b) 10 804; XXe s.: a) 12 616, b) 7 359. Bbg. ANS (A.-M. d'). Le Sens de la « race ». Cah. Inst. Ling. Louvain. 1984, t. 9, n ° 314, pp. 45-56. — BLANCKAERT (Cl.) RĂ©flexions sur la dĂ©termination de l'espĂšce en anthropol. 18e-19e s. Doc. Hist. Vocab. sc. 1983, n ° 4, pp. 65-66. — DUB. DĂ©r. 1962, p. 42 (s.v. raceur). — FOSSAT (J.-L.). Le Mot race vu par les lexicologues aux journĂ©es de la Soc. d'ethnozootechnie. Ethnozootechnie. 1982, n ° 29, pp. 15-23. — HOPE 1971, p. 49, 149. — JACQUARD (A.). Le Bilan. DiffĂ©rences. 1983, n ° 22, pp. 35-36. — JUD. (J.). Vox rom. 1942, n ° 6, p. 373, 374. — LEROY (G.). Les IdĂ©es pol. et soc. de Ch. PĂ©guy. ThĂšse. Paris, 1977. — QUEM. DDL t. 6; 18 (s.v. racique), 22 (id.), 28 (s.v. race Ă  part). — RABOTIN (M.). Le Vocab. pol. et socio-ethnique Ă  MontrĂ©al de 1829 Ă  1842. Paris-Bruxelles, 1975, p. 36. — SPITZER (L.). Race. In: Essays in historical semantics. New York, 1948, pp. 147-176; Ratio > race. Amer. J. Philol. 1941, t. 62, pp. 129-143. — WARTBURG (W. von). Glanures Ă©tymol. R. Ling. rom. 1960, t. 24, pp. 286-287.

race [ʀas] n. f.
ÉTYM. V. 1500, sens I.; ital. razza « sorte, espĂšce », lat. ratio « ordre de choses, catĂ©gorie, espĂšce », en moy. lat. « descendance ».
❖
———
I
A (Personnes).
1 a (1512). Famille, considĂ©rĂ©e dans la suite des gĂ©nĂ©rations et la continuitĂ© de ses caractĂšres (ne se dit que de grandes familles, familles rĂ©gnantes, etc.). ⇒ Ascendance, descendance (cit. 1). || L'individu n'est que le moment d'une race (→ Cours, cit. 3). || Le premier d'une race. ⇒ Souche. || Des princes de mĂȘme race. ⇒ Sang. || Une race pleine de vertu (→ HonnĂȘtetĂ©, cit. 9). || La splendeur de sa race. ⇒ GĂ©nĂ©alogie (cit. 1). || La force cachĂ©e dans une race (→ Arbre, cit. 47). || Race appauvrie (cit. 8) et dĂ©clinante. || Par le rang que me donne ma race (→ 1. Passe, cit. 11). || La race des Atrides. || Vous ne dĂ©mentez point une race funeste (cit. 8, Racine). || Le bon sens, qualitĂ© dominante (cit. 2) de la race des CapĂ©tiens. || Race qui s'Ă©teint avec le dernier descendant. — ☑ Loc. Tenir qqch. de race, de famille. ☑ TraĂźtre Ă  sa race (→ Draper, cit. 13).
1 (
) je veux imiter mon pùre, et tous ceux de ma race, qui ne se sont jamais voulu marier.
MoliÚre, le Mariage forcé, 8.
2 C'était une de ces femmes de vieille race, épuisée, élégante, distinguée, hautaine, et qui, du fond de leur pùleur et de leur maigreur, semblent dire : « Je suis vaincue du temps, comme ma race; je me meurs, mais je vous méprise ! »
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Bonheur dans le crime ».
♩ ☑ Une, la fin de race : les derniers reprĂ©sentants d'une famille noble. — ☑ Loc. adj. Fin de race : dĂ©cadent. || Un homme trĂšs distinguĂ©, un peu fin de race.
2.1 Quant Ă  la particule (
) Darteau, self made man, n'avait pour elle aucune considĂ©ration. En affaires, elle lui paraissait plutĂŽt une tare : ou elle Ă©tait vraie, et il craignait toujours de se trouver en face d'une « fin de race » incapable, ou elle Ă©tait fausse et constituait quelquefois le premier maillon d'une escroquerie.
René Floriot, La vérité tient à un fil, p. 20.
b Les ascendants. ⇒ AncĂȘtre, ascendance, extraction, lignage, origine, parage (vx). || Être de race noble (→ Estampille, cit. 2). || Daphnis, berger (cit. 9) de noble race. || Un noble (cit. 17) de race, par oppos. Ă  un anobli.
3 Si je ne suis pas nĂ© noble, au moins suis-je d'une race oĂč il n'y a point de reproche (
)
MoliÚre, George Dandin, II, 2.
c (V. 1660, Desportes). Les descendants. ⇒ Descendance, enfant(s), fils, lignĂ©e, postĂ©ritĂ©. || La race d'Abraham (→ Alliance, cit. 2), de David (→ Autant, cit. 41; Ă©teindre, cit. 22).
4 Race d'Abel, dors, bois et mange;
Dieu te sourit complaisamment.
Race de CaĂŻn, dans la fange
Rampe et meurs misérablement.
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Révolte », CXIX.
d (XVIe, Ronsard). Vx. GĂ©nĂ©ration. || La race, les races futures. ⇒ PostĂ©ritĂ© (→ ParaĂźtre, cit. 31). || Pendant ces deux races (→ Imposition, cit. 3).
5 Que direz-vous, races futures,
Si quelquefois un vrai discours
Vous récite les aventures
De nos abominables jours ?
Malherbe, Poésies, I, V.
6 Ce qui a donnĂ© l'idĂ©e d'un rĂšglement gĂ©nĂ©ral fait dans le temps de la conquĂȘte, c'est qu'on a vu en France un prodigieux nombre de servitudes vers le commencement de la troisiĂšme race (
) Dans le commencement de la premiĂšre race, on voit un nombre infini d'hommes libres (
)
Montesquieu, l'Esprit des lois, XXX, XI.
2 Vieilli. CommunautĂ© plus vaste, considĂ©rĂ©e comme une famille, une lignĂ©e. || L'honneur (cit. 23) de notre race. || Les Amazones (cit. 1), race fabuleuse de femmes guerriĂšres. || Une race de hĂ©ros (→ Entremise, cit. 5), de gĂ©ants disparus (→ Entassement, cit. 1). || Exterminer (cit. 3) une race. ⇒ GĂ©nocide (Ă©tymologie).
♩ (XVIe). || La race humaine : l'humanitĂ©. ⇒ EspĂšce (→ AbrĂ©gĂ©, cit. 3; contribuer, cit. 2; geler, cit. 9).
3 (1564). Fig. CatĂ©gorie de personnes apparentĂ©es par des comportements communs, des situations analogues. ⇒ EspĂšce, sorte. || La race des maĂźtres (cit. 20). || La race des seigneurs (Nietzsche). — Bibl. || Race incrĂ©dule (cit. 1) et dĂ©pravĂ©e. || Race de vipĂšres, nom donnĂ© aux Pharisiens. || La race des bonnes gens est-elle Ă©puisĂ©e ? (cit. 30). || La race des meuniers Ă©tait Ă©teinte (cit. 67). || La race des hommes de loi (1. Loi, cit. 19). || La race parlementaire française (→ Magistrat, cit. 5). || La race des illuminĂ©s (cit. 23). — Quelle race, quelle sale race ! ⇒ Engeance. || Nous ne sommes pas de la mĂȘme race. || J'Ă©tais d'une autre race qu'eux (→ ArrĂȘt, cit. 2).
7 Il ne connaissait peut-ĂȘtre pas les hommes mais admirablement les grands hommes. Il connaissait les mƓurs, les forces, les faiblesses de cette race internationale qui vit toujours, sinon au-dessus, du moins en marge des lois.
Giraudoux, Bella, I.
8 J'aurais horreur de redevenir civil, pensa-t-il. D'ailleurs, c'est une race qui s'Ă©teint.
Sartre, la Mort dans l'ùme, p. 106.
♩ Tous ces emplois ont vieilli, subissant en outre le discrĂ©dit attachĂ© au concept de race au sens III.
B (Rare). CatĂ©gorie de choses. || Une race d'Ɠuvres calomniĂ©es (→ Appartenir, cit. 34).
9 (
) la vaste cour Ă©tait pleine de vĂ©hicules de toute race, charrettes, cabriolets, chars Ă  bancs, tilburys, carrioles innombrables (
)
Maupassant, Miss Harriet, « La ficelle ».
———
II (XVIIIe). a Sc., cour. Subdivision de l'espĂšce zoologique (cit. 30 et 33), constituĂ©e par des individus rĂ©unissant des caractĂšres communs hĂ©rĂ©ditaires. || La race est divisĂ©e en sous-races ou variĂ©tĂ©s. || Le caniche, l'Ă©pagneul sont des races de chien. || Races canines, fĂ©lines (→ GuĂ©pard, cit. 2). || Races chevalines (⇒ Cheval), asines, mulassiĂšres, bovines, ovines, porcines
 (→ BĂ©tail, cit. 1; comice, cit. 2). ⇒ aussi Gent. || Plus une race est ancienne, plus la force de l'atavisme (cit. 0.1) est grande. || Croisement entre races. ⇒ MĂ©tissage. || Animal qui n'est pas de race pure (⇒ BĂątard, croiser, [p. p. adj.], mĂątinĂ©, mĂ©tissĂ©), qui a perdu les qualitĂ©s de sa race (⇒ AbĂątardi, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©). || Animal de race pure. || Livres, listes dĂ©crivant les animaux selon leurs races. ⇒ aussi Herd-book, pedigree, stud-book. || AmĂ©lioration des races de chevaux.
10 Ce cheval Ă©tait (
) de cette petite race du Boulonnais qui a trop de tĂȘte, trop de ventre et pas assez d'encolure, mais qui a le poitrail ouvert, la croupe large, la jambe sĂšche et fine et le pied solide; race laide, mais robuste et saine.
Hugo, les Misérables, I, VII, V.
11 Dans le cadre de l'espĂšce la seule rĂ©alitĂ© objective c'est le gĂ©notype, c'est-Ă -dire l'ensemble des individus ayant mĂȘme patrimoine hĂ©rĂ©ditaire (
) En associant par croisement divers gĂ©notypes de maniĂšre Ă  grouper Ă  l'Ă©tat homozygote une sĂ©rie de facteurs, nous rĂ©alisons une collectivitĂ© homogĂšne formĂ©e par des individus de la mĂȘme espĂšce, prĂ©sentant un ensemble de caractĂšres communs, transmissibles indĂ©finiment par hĂ©rĂ©ditĂ© (
) Cette collectivitĂ© est une race. L'ensemble des caractĂšres considĂ©rĂ©s constitue le standard. La race sera pure, bien fixĂ©e ou homogĂšne lorsque les caractĂšres choisis sont tous Ă  l'Ă©tat homozygote. Elle est mal fixĂ©e, sans uniformitĂ© ou hĂ©tĂ©rogĂšne, lorsque certains des facteurs sont Ă  l'Ă©tat hĂ©tĂ©rozygote et se disjoignent, rĂ©alisant des faits d'atavisme.
L. Gallien, la Sélection animale, p. 77-78.
♩ Absolt. || De race : de pure race. || Un chien de race (→ Fox-hound, cit.; parier, cit. 1). || Les papiers d'un cheval de race.
♩ Fig. (Personnes). Dont les qualitĂ©s Ă©voquent celles d'un animal de race. ⇒ RacĂ©. || Les chevaux (cit. 7) de prix et les femmes de race. || Un Ă©crivain de race (→ Notation, cit. 2). — (Choses). Rare. || Un style de race (→ Lyrisme, cit. 2).
♩ ☑ (1836, in D. D. L.). Par ext. Avoir de la race : ĂȘtre racĂ©, avoir de la distinction et de l'aisance.
12 Il avait les yeux bleus étincelants des d'Esgrignon (
) la distinction de ces attaches du pied et du poignet, lignes heureuses et déliées qui indiquent la race chez les hommes comme chez les chevaux.
Balzac, le Cabinet des antiques, Pl., t. IV, p. 355.
♩ Loc. adv. Vx. || De race : du fait de sa race. — ☑ Loc. prov. Bon chien chasse de race.
b Abusivt. EspĂšce.
12.1 Je me dis que (
) la race bovine ne pĂ©riclitera pas, que la race ovine se maintiendra, et qu'enfin la race porcine (
) gagnera encore, s'il est possible, en santĂ©, en poids et en beauté !
A. Robida, le VingtiÚme SiÚcle, p. 155.
———
III (Groupes humains).
1 (1684). Vieilli. Groupe ethnique qui se diffĂ©rencie des autres par un ensemble de caractĂšres physiques hĂ©rĂ©ditaires (couleur de la peau, forme de la tĂȘte, proportion des groupes sanguins, etc.) reprĂ©sentant des variations au sein de l'espĂšce. || L'anthropologie (cit. 2) classe les hommes en races d'aprĂšs la pigmentation, la couleur de la peau, des cheveux et des yeux. || Race blanche, jaune, noire. ⇒ Blanc, jaune, nĂšgre, noir; couleur, pigment (cit. 1). || La prĂ©tendue « race rouge » des AmĂ©rindiens est jaune. ⇒ Indien (cit. 5), peau (peau-rouge). || Classement des races par la taille, la forme de la tĂȘte, du crĂąne, l'indice cĂ©phalique (⇒ BrachycĂ©phale, dolichocĂ©phale, mĂ©socĂ©phale), la forme des mĂąchoires (⇒ Prognathe), de l'Ɠil, du cheveu, la proportion des groupes sanguins. || CaractĂšres d'une race. ⇒ Racial.
♩ Sous-race : type physique identifiable Ă  l'intĂ©rieur d'une communautĂ©. — Ex. : nordique, dinarique, alpine, mĂ©diterranĂ©enne, etc. (dans la race blanche); sibĂ©rienne, nord- et sud-mongole, indonĂ©sienne, polynĂ©sienne, eskimo (inuit), amĂ©rindienne, etc. (race jaune); Ă©thiopienne, mĂ©lano-africaine, mĂ©lano-indienne, etc. (race noire)
 — Croisement entre races. ⇒ MĂ©tis, mĂ©tissage (→ Fusionner, cit. 1). || PuretĂ© de la race, caractĂšre des populations gĂ©ographiquement isolĂ©es oĂč l'on retrouve un type trĂšs constant. ⇒ DysgĂ©nique, eugĂ©nique. || On a pu dire que les PygmĂ©es, les Lapons Ă©taient de race pure. || Essai sur l'inĂ©galitĂ© des races humaines, Ɠuvre de Gobineau. ⇒ Racial; racisme.
13 L'origine des noirs a dans tous les temps fait une grande question : les anciens, qui ne connaissaient guĂšre que ceux de Nubie, les regardaient comme faisant la derniĂšre nuance des peuples basanĂ©s, et ils les confondaient avec les Éthiopiens (
) qui, quoique extrĂȘmement bruns, tiennent plus de la race blanche que de la race noire.
Buffon, Hist. nat. de l'homme, Variétés espÚce humaine.
14 Lorsqu'on eut pénétré au delà du Sénégal, on fut surpris de voir que les hommes étaient entiÚrement noirs au midi de ce fleuve (
) La race des nÚgres est une espÚce d'hommes différente de la nÎtre, comme la race des épagneuls l'est des lévriers.
Voltaire, Essai sur les mƓurs, CXLI.
15 Pour moi, je n'ai aucune peine Ă  reconnaĂźtre mon frĂšre humain, sous ces variĂ©tĂ©s de couleur (
) Les esprits tyrans, qui cherchent un miroir d'eux-mĂȘmes, repoussent aussi bien l'Allemand que le noir; ils inventent des races, et vivent de mĂ©priser. Je n'ai point cette maladie; j'aime les diffĂ©rences et les variĂ©tĂ©s.
Alain, Propos, 19 sept. 1921, Races.
16 La race est un fait de zoologie : elle reprĂ©sente la continuitĂ© d'un type physique. Une race se conserve d'autant mieux qu'elle est plus isolĂ©e (
) C'est pourquoi quelques-unes des races demeurĂ©es les plus pures sont aussi parmi les plus misĂ©rables. La race ne se confond ni avec la langue, ni avec la nationalitĂ©, ni avec la culture, ni avec la religion. Il n'existe pas de race latine, ni de race française, ni de race bretonne, ni de race aryenne, mais une culture latine, une nation française, un peuple breton, des langues aryennes ou indo-europĂ©ennes.
Pierre Gaxotte, Hist. des Français, I, I, « Il n'y a pas de race française ».
17 Sur le plan psychologique on peut admettre qu'il existe des diffĂ©rences Ă©quivalentes (aux diffĂ©rences physiques) et qu'il y ait, entre la moyenne des individus appartenant Ă  des races diverses, certains Ă©carts permanents dans leurs aptitudes intellectuelles et dans leurs prĂ©dispositions psycho-physiologiques respectives. Mais ces tendances ou ces rĂ©flexes demeurent des formes vides (
) on ne peut comparer les aptitudes innĂ©es des races ou des nations que si elles sont placĂ©es dans les (
) mĂȘmes conditions sociales que les autres sociĂ©tĂ©s auxquelles on les compare. Il faut donc appliquer la principale rĂšgle en matiĂšre de comparaison, celle des « toutes choses Ă©gales d'ailleurs ».
Gaston Bouthoul, Traité de sociologie, p. 267-268.
2 (XIXe). Par ext. (Abusif ou vx en sc.). Groupe naturel d'hommes qui ont des caractĂšres semblables (physiques, psychologiques, sociaux, linguistiques ou culturels) provenant d'un passĂ© commun. ⇒ Ethnie, lignĂ©e, peuple; ethnique. — La race germanique (→ Flexible, cit. 7), celtique (→ NationalitĂ©, cit. 1), flamande (→ DifformitĂ©, cit. 2), bretonne (→ ErronĂ©, cit. 2), grecque (→ Aiguiser, cit. 12; inconsĂ©quence, cit. 6), juive (cit. 6; → ÂpretĂ©, cit. 9), sĂ©mite. || La France, dans laquelle tant de races sont venues se fondre (cit. 32). || Le gĂ©nie de notre race (→ Esprit, cit. 172). || Walter Scott, chantre (cit. 3) des races opprimĂ©es. || Des races plus ou moins douĂ©es (cit. 3) en musique. || FrontiĂšres (cit. 1) entre les races. — Vx. || La race aryenne (Gobineau) : la communautĂ© linguistique indo-europĂ©enne. || « Il n'y a pas de race pure » (Renan; → Ethnographique, cit. 2). || AmĂ©lioration de la race. ⇒ EugĂ©nique (cit. 1). || D'une autre race que celle des habitants du mĂȘme pays. ⇒ AllogĂšne. || « Sans distinction de race, de religion, ni de croyance » (→ 3. Droit, cit. 8). || ThĂ©orie de Taine, de la race, du milieu (cit. 29) et du moment (cit. 30).
18 Pour les anthropologistes, la race a le mĂȘme sens qu'en zoologie; elle indique une descendance rĂ©elle, une parentĂ© par le sang. Or l'Ă©tude des langues et de l'histoire ne conduit pas aux mĂȘmes divisions que la physiologie (
) Ce qu'on appelle philologiquement et historiquement la race germanique est sĂ»rement une famille bien distincte dans l'espĂšce humaine. Mais est-ce lĂ  une famille au sens anthropologique ? Non, assurĂ©ment.
Renan, Discours et confĂ©rences, Qu'est-ce qu'une nation ? ƒ. compl., t. I, p. 897.
19 Au point de vue des sciences historiques (en note : Nous laissons Ă  d'autres le soin de parler des caractĂšres physiologiques, anthropologiques [
]), cinq choses constituent l'apanage essentiel d'une race, et donnent droit de parler d'elle comme d'une individualitĂ© dans l'espĂšce humaine (
) une langue Ă  part, une littĂ©rature empreinte d'une physionomie particuliĂšre, une religion, une histoire, une civilisation.
Renan, MĂ©langes d'histoire et de voyages, SociĂ©tĂ© berbĂšre, I, ƒ. compl., t. II, p. 553.
20 (
) nous n'avons (dit Olivier) qu'Ă  nous dĂ©fendre et Ă  les tenir (les Juifs) Ă  leur rang, qui est, chez nous, le second. Non que je croie leur race infĂ©rieure Ă  la nĂŽtre : — (ces questions de suprĂ©matie de races sont niaises et dĂ©goĂ»tantes). — Mais il est inadmissible qu'une race Ă©trangĂšre, qui ne s'est pas encore fondue dans la nĂŽtre, ait la prĂ©tention de connaĂźtre mieux ce qui nous convient, que nous-mĂȘmes.
R. Rolland, Jean-Christophe, Dans la maison, II, p. 1007.
21 Si chaque famille du groupe linguistique indo-europĂ©en (
) ne correspond Ă  aucune race mais est parlĂ©e par un mĂ©tissage de peuples, comment concevoir encore une unitĂ© ethnique du groupe ? Le plus curieux, c'est que les Allemands se croient le plus pur spĂ©cimen de cette « race » inexistante, alors que le germanique offre, seul dans l'indo-europĂ©en, des tendances aberrantes (
) qui ne peuvent ĂȘtre attribuĂ©es — Meillet l'a montrĂ© — qu'Ă  un important substrat non indo-europĂ©en (
)
A. Dauzat, l'Europe linguistique, p. 15.
22 (
) je leur dis toujours : la race, qu'est-ce que c'est que ça, la race, est-ce que vous prendriez Ella pour une Juive, si vous la rencontriez dans la rue ? Mince comme une Parisienne, avec le teint chaud des filles du Midi et un petit visage raisonnable et passionnĂ©, un visage Ă©quilibrĂ©, reposant, sans tare, sans race, sans destin, un vrai visage français.
Sartre, le Sursis, p. 77.
23 En 1911, au CongrĂšs universel des races, aucun des nombreux rapporteurs, tous anthropologistes ou ethnologues, ne soutint l'infĂ©rioritĂ© fonciĂšre d'un groupe humain quelconque, et on proclama « l'Ă©galitĂ© substantielle des races dans leur capacitĂ© innĂ©e de progrĂšs » (G. Spiller). MalgrĂ© cela, la doctrine raciste, instrument politique d'États totalitaires, n'en continua pas moins Ă  se dĂ©velopper (
)
P. Lester, in Encycl. Pl., Hist. de la science, Anthropologie, Paléontologie humaine, p. 1405.
♩ En franç. d'Afrique. Ethnie, tribu.
24 (
) j'avais abandonnĂ© les cultes que faisaient mes ancĂȘtres; j'ai en quelque sorte abandonnĂ© ma tribu pour me faire d'une autre race.
P. Teissereng, le Dieu des autres, p. 103, in I. F. A.
REM. Une bonne part des aberrations scientifiques du racisme provient de la confusion entre la notion gĂ©nĂ©tique de race (III., 1.), elle-mĂȘme rapprochĂ©e sans prĂ©caution du sens zoologique (II.), et la notion extrĂȘmement indĂ©cise de sous-race ou celle, littĂ©raire ou socioculturelle, traitĂ©e ici (III., 2.), si ce n'est la valeur initiale de « lignĂ©e » (I.). Ainsi, la notion aberrante de race juive relĂšve en rĂ©alitĂ© de l'usage vague et traditionnel (I.), auquel certains ont tentĂ© de donner un contenu pseudo-biologique.
❖
DÉR. RacĂ©, raceur, racial, racisme, raciste.
COMP. Sous-race.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • Race — may refer to:General* Racing competitions ** The Race (yachting race), or La course du millĂ©naire , a no rules round the world sailing event * Race (biology), classification of flora and fauna * Race (classification of human beings) * Race and… 
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  • Race — Race, n. [OE. ras, res, rees, AS. r[=ae]s a rush, running; akin to Icel. r[=a]s course, race. [root]118.] 1. A progress; a course; a movement or progression. [1913 Webster] 2. Esp., swift progress; rapid course; a running. [1913 Webster] The… 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • Race — Race, n. [F. race; cf. Pr. & Sp. raza, It. razza; all from OHG. reiza line, akin to E. write. See {Write}.] [1913 Webster] 1. The descendants of a common ancestor; a family, tribe, people, or nation, believed or presumed to belong to the same… 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • RACE — ist der Name von: Harley Race (* 1943), US amerikanischer Wrestler, Trainer und Promoter Hugo Race, australischer Musiker John Abner Race (1914–1983), US amerikanischer Politiker Race als Begriff steht fĂŒr: kritischer Wettlauf von… 
   Deutsch Wikipedia

  • RACE — can refer to:* RACE (Europe), Research and Development in Advanced Communications Technologies in Europe * RACE (container), Railways of Australia Container Express, a slightly wider version than the ISO shipping container * RACE (automobile… 
   Wikipedia

  • Race — Race, v. t. 1. To cause to contend in a race; to drive at high speed; as, to race horses. [1913 Webster] 2. To run a race with. [1913 Webster] 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • Race — (r[=a]s), n. [OF. ra[ i]z, L. radix, icis. See {Radix}.] A root. A race or two of ginger. Shak. [1913 Webster] {Race ginger}, ginger in the root, or not pulverized. [1913 Webster] 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • Race — Race, v. i. [imp. & p. p. {Raced} (r[=a]st); p. pr. & vb. n. {Racing} (r[=a] s[i^]ng).] 1. To run swiftly; to contend in a race; as, the animals raced over the ground; the ships raced from port to port. [1913 Webster] 2. (Steam Mach.) To run too… 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • Race — – The WTCC Game Entwickler SimBin Development Team Publisher 
   Deutsch Wikipedia

  • Race — (r[=a]s), v. t. To raze. [Obs.] Spenser. [1913 Webster] 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • RACE — s. f. coll. LignĂ©e, tous ceux qui viennent d une mĂȘme famille. Il est d une bonne race, de bonne race, d une race illustre, ancienne. Il sort, il vient d une noble race, d une race de gens de bien. Il est de la race royale. Les trois races des… 
   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)


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